Un mois déjà que ce faux-débat nous encombre. Un mois que Mr Besson commet les basses œuvres de son chef, en invitant les derniers éléments d’extrême droite à se lâcher dans des enceintes closes et sous haute surveillance policière. Que n’a-t-on pas entendu depuis les dernières semaines dans les préfectures ? « Stop à la double nationalité ! », « Qu’ils s’adaptent ou bien renvoyons les chez eux », et autres « On n’est plus chez nous » sont désormais courants jusque sur le site internet que le Gouvernement a mis en place à cette occasion. Vive le service public…
Personnellement, je ne participerai pas à cette mascarade.
D’abord parce que je sais bien quels intérêts elle sert.
Mais surtout, parce que cette question me touche personnellement, et la manière dont on la traite m’attriste plus qu’autre chose. Imaginer les uns et les autres rappeler encore une fois la devise républicaine, à grand renfort de citations de nos héros nationaux, me fait déjà frémir d’angoisse. La politique de l’autruche, je n’en peux plus.
Pour ceux qui me lisent pour la première fois, sachez que je m’appelle Bally Bagayoko. J’espère ne pas vous surprendre en vous disant que mes parents ne sont pas français mais maliens. Pire, ils sont musulmans, et figurez-vous que leur fils s’est laissé entraîné dans la combine, lui aussi. Pour ne rien arranger, ma femme, française elle aussi, est musulmane également, et de parents tunisiens. Pas très français ? Détrompez-vous.
Vu ma grande taille et mon goût pour ce sport, j’aurais pu être basketteur professionnel, et rajouter mon nom si exotique à la liste des « néo-Français » stars dans le sport ou la musique. Pourtant je travaille pour une entreprise de service public comme on en trouve peu ailleurs qu’en France, la RATP. Et je pousse même le vice jusqu’à porter cet idéal typiquement français en étant en charge des services publics au sein de l’exécutif départemental de Seine Saint Denis !
J’entends l’étonnement de certains à la lecture de ces lignes : mais qui est cet extraterrestre ? Et bien, je suis un Français d’aujourd’hui. Un pur produit du cosmopolitisme français, que j’assume pour deux puisque mon voisin semble encore loin de se faire à cette idée. Pourtant il le faudra bien, car je n’ai aucune envie de quitter mon chez-moi, la France, dont je suis aussi fier que critique. Et c’est bien parce que je rêve en permanence d’une France meilleure, que je suis engagé aux côtés d’autres Français pour la rendre plus juste et solidaire, elle et ses voisins européens, et même au-delà.
Parce qu’en plus, vous ne rêvez pas, je suis élu de la République française. Et ce, même si les policiers qui escortent le ministre Hortefeux ne l’ont pas cru lors de sa dernière visite dans ma ville d’origine, Saint Denis.
Saint Denis, une ville-monde comme les Français en verront bientôt partout sur notre territoire, dans nos villes et nos campagnes.
Une ville-monde qui souffre d’être délaissée par un Etat trop occupé à donner à quelques-uns quand il faudrait s’occuper d’égalité entre tous ses territoires, et tous ses citoyens.
Une ville-monde qui explose sous les coups de la violence du quotidien, reléguée dans un ghetto urbain, éducatif, économique et social.
Saint Denis, c’est ma France, c’est celle du bruit et de l’odeur. Le bruit de la rue, et l’odeur du poulet yassa comme du gratin dauphinois. Elle est jeune, parle deux voire trois langues, sans compter le verlan que les résistants employaient afin de coder leurs messages pendant la Seconde Guerre Mondiale. Elle vient des quatre coins du monde, et si l’on en croit la montée des eaux, qui engloutiront bientôt le Bangladesh, le Nord du Sri Lanka ou les Maldives, elle viendra bientôt peut-être même d’ailleurs ! Là-bas vivent aujourd’hui de futurs Français en puissance, et il serait bon que Mr Besson en informe ceux qui ont la chance de l’être déjà.
Je soumets donc une proposition en ce sens à Mr Besson, pour l’organisation d’un prochain débat. On pourrait y parler des choses que nous voulons faire ensemble, des projets que nous voulons voir portés par la France sur la scène européenne et mondiale. On pourrait y évoquer les moyens de vivre ensemble, à partir d’un échange sur la culture de chacun, son vécu, son patrimoine. Une fois l’Autre (re)connu, on pourrait avancer ensemble, dans la même direction : vers une France plus égalitaire, pleinement démocratique, forte de ses cultures, et décentralisée.
Tiens, j’ai même le thème de la réunion : « Ici c’est là-bas » ! Aucun doute, pour ça, il pourra évidemment compter sur ma participation.
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