Monsieur le Ministre,
Quand vous vous déplacez dans notre beau pays, auprès de vos amis de l’UMP, quelques caméras et micros nous suffisent pour contrôler vos propos.
Quand vous venez à St Denis, au quartier de la Gare, il faut y ajouter tous les policiers et vigiles qui n’y étant pas en permanence déployés, laissent le terrain libre à tous les trafics. C’est ce qui vous a obligé à venir sur place, le scandale étant maintenant trop grand et trop public, répondre à l’appel et à la colère des habitants et des élus, dont je suis.
Pour vous accueillir il y avait donc là les élus, et les habitants que vous ne rencontrerez pas. Ce n’est pas l’usage. Seules comptent les caméras du 20 H. Souvent, en pareil cas, pour figurer le peuple, on utilise des militants de l’UMP. A Saint Denis, il aurait fallu les faire venir de trop loin.
Aussi, fut-il fait appel pour votre tranquillité aux forces de police, en très grand nombre et d’une grande fébrilité.
Maire adjoint et conseiller général de Saint Denis et Vice président du Conseil Général, j’ai eu les pires difficultés à vous approcher. Quelque chose, à l’évidence, ne revenait pas à votre garde rapprochée et éloignée que je sentais décontenancée à mon égard.
Pourtant, Monsieur le Ministre, je suis Auvergnat, comme vous. Mais du Sud, comme mes parents.
Donc, après avoir passé force contrôles et barrages j’avais atteint l’enclos réservé, quand un de vos nombreux « accompagnateurs », sans doute plus avisé que ses collègues, s’est avancé vers moi. Certes, et il le constatait, j’étais arrivé jusque là, sans attirer l’attention vigilante des autres fonctionnaires de police. Mais lui, d’une grande conscience professionnelle, il voyait bien que quelque chose ne collait pas. Peut-être flairait-il le bon coup propice à l’avancement.
Il me fallut donc justifier une nouvelle fois que j’avais bien toutes les qualités requises pour paraitre en ce lieu réservé.
Nous sommes certes compatriotes, Monsieur le Ministre, mais si l’on avait pu nous voir côte à côte ce jour là, on n’aurait pu nous confondre. Non pour des raisons vestimentaires car comme vous je porte le costume cravate.
Le fait est que, comme le dit si élégamment le Premier Ministre italien de Barak Obama (en France, pour l’essentiel, les propos douteux restent au niveau ministériel) je suis bronzé ! Et ça, ca ne peut échapper à un professionnel, affecté spécialement à votre protection.
Dernier rempart à votre sécurité, il est venu, avec l’assurance de celui à qui on ne la fait pas, s’assurer que malgré les apparences, j’avais bien ma place parmi les « officiels » si près de vous.
N’ayant trouvé aucune faille, il s’en est allé, dépité et perplexe, songeant, in petto, que décidemment nous vivions une époque bien étrange où l’on ne peut plus distinguer à l’œil nu l’honnête citoyen du dangereux malfrat. Je comprends mieux, maintenant, cette coutume d’affubler les élus d’écharpe et insignes : la République se diversifiant, cela peut éviter les méprises.
Mon ami le vigile est donc reparti perturbé : il existerait encore dans notre pays, des endroits singuliers où l’on ne peut opérer les contrôles au faciès ?
J’ai le sentiment qu’il le regrette.
Moi, je pense plus que jamais qu’il faut les étendre, jusque dans nos quartiers. Surtout pour les jeunes auvergnats du Nord comme du Sud.
Monsieur le Ministre, votre venue à St Denis a redonné, pour l’instant, une apparence paisible au quartier de la gare. Que n’a-t-on plus tôt ré ouvert le commissariat et mis les effectifs nécessaires, réclamés depuis si longtemps par la Ville ?
Par « effet plumeau » bien connu, qui ne touche pas que la vidéo surveillance, les trafics et agressions se sont déplacés mais n’en sont pas plus tolérables.
Il faut donc traiter le problème, en profondeur et durablement, au-delà des effets visibles et insupportables pour la population.
C’est le trafic qu’il faut éradiquer et pour cela remonter les filières. Chacun le sait et notre police en a les capacités pour peu qu’on lui en donne les moyens.
Pour sa formation : comment ne pas être inquiets devant ces jeunes policiers, frais émoulus, que l’on pense rassurer en les sur armant.
Et pour l’investigation, aujourd’hui sacrifiée, laissant le trafic de drogue prospérer.
J’ai confiance dans les compétences de notre police républicaine. Même si je conteste et regrette souvent les consignes et objectifs qui lui sont assignés. Un policier ne peut être un simple physionomiste qui fait du chiffre ! Incorrigible, je continue à penser que le retour à une véritable police de proximité et de dissuasion est incontournable, que la prévention, l’éducation sont primordiales et que, quand on enferme dans des conditions inhumaines, sans soigner ni amender, voire sans perspective de réintégration dans la société, on se condamne à la récidive.
Et l’on rentre dans un engrenage de violences qui peut mettre en danger la démocratie. Je le crains et je vous le dis.
Il vous faudra donc revenir à St Denis, Monsieur le Ministre, pour débattre de tout cela, car il n’est pas possible de laisser les problèmes s’étaler et perdurer.
J’en serai très heureux car je pourrai enfin vous y rencontrer, et participer à cette réunion de travail qui s’impose entre vous, vos services et les élus, Maire et Député de St Denis.
Si j’ai opté pour cette lettre ouverte, plutôt qu’à l’apostrophe lors de votre venue à la Gare de St Denis, c’est par respect pour votre accompagnateur qui ne peut être tenu pour responsable de sa mauvaise formation, voire des instructions qui auraient pu lui être données.
Dans l’attente du plaisir de vous rencontrer, je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en ma parfaite considération.
Bally Bagayoko
Commentaires