A travers ce texte, je tiens à remercier Mireilles, pour son apport en matière de réflexion, sur la cause Africaine. Cette contribution, m'a été agréable à lire et m'a fait découvrir une partie de mon histoire natale.
Mireille Mendès France
Fondation Frantz Fanon; AIJD/droit-solidarité
Bamako: 2008; deuxième édition de Migrances. Ensemble des migrants, souvent jeunes, des Malien-ne-s, membres d'associations, enseignants, des salarié-e-s d'organisations ou militants actifs venant de Côte d'Ivoire, du Sénégal, du Niger ou de pays européens se retrouvent pour construire un espace commun de solidarité entre des femmes et des hommes, entre différents pays et acteurs de façon à identifier des réponses en amont et en aval de la migration.
Clarisse, huit ans de migrance du Cameroun à tous les hypothétiques sas ouvrant sur le dit Eldorado; huit ans à accumuler l'argent nécessaire au passage; huit ans à se cacher, à attendre l'ultime instant permettant d'échapper aux garde frontières et aux policiers; huit ans de marche, d'aller et de retour; huit ans d'espoir et de désespérance; huit ans à se rendre transparente; huit ans d'espérance transformée en migrance.
Avec Clarisse, il y a Valérie, Aziz, Ousmane et tous les autres, sans oublier les jeunes expulsé-e-s sous les coups de la politique migratoire répressive et liberticide adoptée par nombre de pays européens, dont la France.
Leur route est passée par Bamako, leur errance aussi. Aujourd'hui, venus souvent d'autres pays d'Afrique, ils vivent au Mali et sont principalement installés à Bamako. La structure, Migrances, pensée par Aminata Traoré et abritée par le Centre Hampaté Ba les a accueillis. Il y travaillent autour de projets alternatifs artistiques, sociaux ou environnementaux, parlant et confrontant leur expérience, leur chemin et cheminement. Ils sont devenus, petit à petit, auprès des candidat-e-s à l'exil les médiateurs du droit au «droit du sol».
Construire des alternatives à la migration avec les mères qui ont perdu un fils ou une fille tombé-e sous les balles policières ou noyé-e dans les eaux méditerranéennes. Tous partent en sachant qu'au bout du Sénégal, il y a «Barcelone ou Barcak -la mort».
Ces mères désirent une école de qualité pour leurs enfants et se doter de moyens de transformation et de production leur permettant de ne plus être dépendantes de l'argent envoyé par les migrants. Mais là n'est pas le dessein des entrepreneurs français. Ainsi dans le village de Didiéni, à 150 kilomètres au Nord-Ouest de Bamako, sur la route du Sénégal et de la Mauritanie empruntée par de nombreux migrants, l'entreprise Alland et Robert va installer une zone de culture de gomme spiruline. Il a été annoncé, lors de la pose de la première pierre, que c'était une chance pour cette région. Le kilo sera acheté 500cfa maliens -75 centimes d'euro. Les 117 grammes de produit transformé seront vendus 26 euros!
Construire des alternatives avec les refoulés, les retenus qui ne veulent plus reprendre la route de l'exil. Oublier, non. Mais grandir avec, être au monde avec pour se construire citoyen-ne d'Afrique. Ainsi, toujours dans le village de Didiéni, en même temps que l'introduction de la spiruline, a été délimitée l'implantation d'un centre géré par des jeunes revenus de l'enfer. Il sera un lieu d'accueil solidaire, tant sur le plan hôtelier que associatif et devrait permettre aux refoulés de s'inscrire dans la vie sociale et économique.
Face au centre d'accueil basé sur la solidarité pris en charge par des associations maliennes, l'Europe, ne sachant plus comment maintenir l'Afrique sous son joug et dans son étau, a inauguré le jour suivant le Centre d'Information et de gestion des Migrations -CIGEM. Avec l'objectif «d'assister le Mali dans la définition d'une politique migratoire malienne répondant aux besoins des migrants» et «d'appuyer le gouvernement malien en formulant des recommandations sur les transferts de fonds de la diaspora malienne». Tout est dit.
Ainsi, avec la prise en compte des transferts des migrant-e-s l'on arrive à les transformer en messagers du néo-libéralisme.
Et peu importe à l'Union européenne que l'Afrique soit constituée de pays souverains, dont le Mali.
Foin d'ailleurs du droit des Etats et des peuples sur leurs ressources naturelles. Cette souveraineté doit disparaître au profit des sociétés transnationales et des pays du Nord qui imposent leur régulation libérale, leur démocratie, leur système économique. Ce modèle économique s'accompagne d’une autre politique qui lui est inhérente, il destructure aussi les rapports sociaux internationaux, les rapports politiques des peuples; il détruit le droit international, principalement le droit des peuples à l’autodétermination et tente d’effacer, par tous les moyens le droit des peuples et des Etats sur leurs ressources naturelles. Encore une fois, il faut affirmer, avec l'installation du CIGEM sur le sol malien, que la migration, dans ses aspects les plus violents, est une des formes que prend la mondialisation néo-libérale. Les objectifs assignés à ce centre en sont une preuve supplémentaire.
Non seulement les institutions de Bretton Woods ont imposé des Programmes d'Ajustement structurel (PSA) aux Etats endettés, entraînant la dérégulation de la Fonction publique, la privatisation des entreprises d'Etat....et augmentant encore plus la paupérisation de la population, mais 28 ans après, l'Europe vient officiellement s'installer en territoire malien pour mieux imposer sa gestion de la migration et s'arroger ainsi un droit de regard sur l'argent envoyé par les migrants à leurs familles, au prétexte de «formuler des recommandations sur les transferts de fonds de la diaspora». Une véritable ingérence. N'oublions pas, il s'agit d'une masse monétaire colossale qui, pour certains milieux des classes dirigeantes du Nord, ne bénéficie pas aux sociétés du Nord! Mais cela n'est pas suffisant. L'Europe va imposer, dans un rapport de force qui n'est pas sans rappeler celui instauré sous la colonisation, à l'Afrique subsaharienne l'obligation de respecter les différents articles contenus dans le Pacte européen sur l'immigration et l'asile.
La bonne volonté exprimée à son application sera récompensée par des accords bilatéraux permettant à des entreprises européennes de s'installer sur le sol africain pour le pomper encore un peu plus.
Souhaitons que les constructions alternatives permettent la mise en place de politiques de développement endogènes en opposition à des modèles de développement imposés et importés. La crise du système capitaliste sur un plan mondial montre l'agonie des doctrines économiques néo-libérales qui prônent une ouverture totale des frontières au bénéfice du capital privé et devrait être l'occasion de penser un changement radical du modèle économique dans la région, tout comme cela se présente actuellement dans certains pays d'Amérique latine.
Mais un des points essentiel dans ce débat est de savoir si les Etats, les gouvernements, les pouvoirs publics ont, effectivement, la volonté politique d'affronter les pressions et les différents problèmes auxquels ils ont à faire face, dont celui de la migration, que la mondialisation a fait surgir. Voudront ils mettre en place des politiques nationales, locales et régionales de développement économique et social? On voit bien que ces politiques se heurteront tant sur le plan idéologique que politique aux pays du Nord et aux institutions financières internationales.
Clarisse, Valèry, Aziz, Ousmane et tous les autres, refoulés de Ceuta et Melilla, refusés de l'Europe, par leur projet alternatif, seront peut-être, d'une façon ou d'une autre, les acteurs de la réaffirmation de la souveraineté des peuples et des Etats africains car elle est essentielle à la revendication de relations internationales démocratiques, à un nouvel ordre international démocratique et pour l'exercice plein et entier du droit des Etats et des peuples sur leurs ressources naturelles.
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