Le 13 novembre 2008
Il y a environ un million de ressortissants des DOM vivant en France métropolitaine. Cette population issue des campagnes et des périphéries urbaines des DOM peine à s’intégrer au sein de la société française. Nous souhaitons que des mesures soient prises pour éviter une marginalisation des Antillais vivant en métropole. Absents des émeutes des banlieues en décembre 2005, nous ne souhaitons pas voir nos jeunes grossir les rangs de ceux qui entrent en guerre contre la République. Nous souhaitons présenter au Président une analyse des difficultés spécifiques des Antillais qui sont des freins à une insertion réussie au sein de la République ainsi que des solutions adéquates pour y remédier.
UNE INSERTION EN DIFFICULTÉ
Les obstacles à l’insertion des Antillais en France sont liés à des causes internes et externes à la communauté antillaise
A) LES CAUSES INTERNES
· Une famille en difficulté
La première grande difficulté qui freine l’accession des Antillais à l’accession à une citoyenneté pleine et entière tient aux dysfonctionnements familiaux liés à la matrifocalité antillaise. Le taux de monoparentalité antillaise est de l’ordre de 30-40% soit près de trois fois le taux national. Système familial hérité d’une construction sociohistorique, la matrifocalité antillaise, qui se définit comme une famille centrée sur la mère, est aujourd’hui en grande difficulté. Défaillance des mères et absence des pères, tout conduit à l’émergence d’une jeunesse antillaise en grande difficulté.
· Une citoyenneté déficitaire
Français depuis 160 ans, nombreux sont les ressortissants des DOM à ne pas être inscrits sur les listes électorales et ne pas voter lors des différentes élections. Ce comportement, que l’on retrouve dans les DOM lorsqu’il s’agit d’élections nationales ou européennes, est également présent en métropole pour les élections municipales, départementales ou régionales. De même, peu d’Antillais sont syndiqués ou participent aux associations de parents d’élèves. Il y a une certaine extériorité antillaise vis-à-vis de la République et de ces institutions malgré une histoire partagée depuis 160 ans. Cela tient en partie à la persistance d’un fort ressentiment lié aux périodes douloureuses de l’Histoire.
Les problèmes cités ci-dessus ne sont pas liés à des questions « raciales ». Ils sont consubstantiels à l’identité antillaise et à sa construction historique. Ils ont persisté dans les DOM, malgré les services sociaux, et s’expriment avec force en métropole. Le monde antillais qui aurait dû être le paradigme du modèle d’intégration à la française est en train de démontrer le contraire. L’échec d’intégration des Antillais en France métropolitaine, s’il se confirmait, serait un exemple négatif pour l’insertion des autres Français originaires des ex-colonies françaises.
B) LES CAUSES EXTERNES
· Les discriminations
Il s’agit du racisme existant dans la société française. Non pas le racisme brutal que a existé aux USA, mais celui plus rampant, plus sournois, plus hypocrite que l’on retrouve sous forme de discriminations à l’embauche, à l’accès aux logements, ou dans la promotion des originaires des DOM dans les partis politiques, dans les administrations… Il existe de nombreux témoignages de la non-accession d’originaires d’outre-mer aux postes qui correspondent à leur qualification.
· Une société qui se « racialise »
Mais si ces préjugés racistes font souffrir également d’autres Français, nous ne pouvons admettre les solutions qui ont émergé ces dernières années et qui semblent s’imposer dans différents cercles de pouvoir qu’ils soient médiatiques, intellectuels ou politiques voir même au plus haut sommet de l’État. En fait, s’il y a des Français d’origine asiatique ou d’origine maghrébine, il existe une catégorie de Français qui est aujourd’hui définie sur la base de la couleur de leur peau « noire ». Les Antillais deviennent aujourd’hui en France des Français « noirs ». Nous refusons avec la plus grande énergie que notre identité puisse se résumer à une couleur de la peau qui en l’occurrence est très diversifiée. Nous connaissons les dégâts occasionnés par la classification des hommes sur la base de leur couleur de peau. Nous ne souhaitons pas vivre dans une république dans laquelle une telle classification serait admise. Nous tenons à dire solennellement au Président de la République que les Antillais, les Guyanais et les Réunionnais vivant en France ne se reconnaissent pas dans un conseil représentatif des « associations noires » de France.
· Une société qui refuse son identité plurielle
Si nous sommes opposés à une société racialisée, nous souhaitons vivre dans une France qui accepte son identité plurielle. Nous sommes très attentifs aus récent développement sur les lois mémorielles, en particulier à la proposition de l’historien André Kaspi sur la question des commémorations. Nous l’interprétons comme un raidissement de l’intelligentsia de notre pays sur une identité unique. Le refus de la Nation d’honorer pendant plus de 150 ans la mémoire de nos parents, victimes de l’esclavage, a déclenché une guerre mémorielle durant 3 ans. Il a fallu l’audace du Président de la République pour que cette année, la mémoire des victimes commence à être honorée. Comment voulez-vous que le monde antillais se sente accepté en France lorsque sa mémoire n’est pas reconnue.
Ces 3 causes « externes » couplées aux deux causes « internes » ne peuvent que renforcer les difficultés d’insertion des Antillais dans la société française
PROPOSITIONS
A) LE CENTRE D’AIDE AUX FAMILLES MATRIFOCALES ET MONOPARENTALES
Après 10 ans de travail sur la matrifocalité antillaise (plusieurs centaines de groupes de paroles), nous avons aujourd’hui les compétences (thérapeutes, éducateurs spécialisés, assistantes sociales) pour ouvrir le premier centre français d’aide aux familles matrifocales et monoparentales. Ce centre sera le lieu de prise en charge des difficultés des familles antillaises et aura comme mission d‘éviter la marginalisation de la jeunesse antillaise. Promouvoir un tel centre signifierait que le gouvernement prend la mesure des dysfonctionnements familiaux hérités de l’esclavage. Ce centre pourra être également le lieu d’aide aux autres familles issues de l’immigration qui sont touchées par la monoparentalité.
B) UNE MISSION D’ÉTUDES SUR LA CITOYENNETÉ DES ORIGINAIRES D’OUTRE-MER
Nous souhaitons que le Président de la République nous confie une mission d’études sur la citoyenneté des ressortissants d’outre-mer. Il s’agira d’une part de mesurer le déficit citoyen - avec comme indicateurs le nombre d’inscrit, le nombre de participants lors des élections locales, la participation dans les syndicats et dans les associations de parents d’élèves – et de proposer des solutions pour y remédier.
C) PROTEGER LE 23 MAI
Le Président de la République, en ordonnant la promulgation de la circulaire du 29 avril 2008, a officialisé la date du 23 mai comme la date dédiée, pour Français d’outre-mer de l’Hexagone et leurs associations, à la commémoration du passé douloureux de leurs aïeux qui ne doit pas être oublié. Nous souhaitons que cette date soit protégée, car aujourd’hui, il ne s’agit que d’une circulaire. Nous souhaitons, bien que ce ne soit pas une date nationale, que l’État participe aux frais des cérémonies du 23 mai et que le délégué interministériel et le ministre des DOM soient présents aux cérémonies officielles du 23 mai.
D) La PÉRENNISATION de la DÉLÉGATION à l’ÉGALITÉ des chances des originaires des DÉPARTEMENTS d’outre-mer
La création, après l’élection présidentielle, de la délégation interministérielle à l’égalité des chances des Français d’outre-mer est considérée par nos concitoyens originaires de l’outre-mer comme la reconnaissance de l’existence du monde originaire des DOM dans l’hexagone. Depuis sa création, les associations des originaires des DOM ont apprécié le travail effectué par le délégué. Nous souhaitons que cette délégation perdurer et que ses moyens soient renforcés en particulier qu’elle puisse veiller à la promotion des originaires d’outre-mer selon leur compétence dans les administrations publiques
E) UNE CLARIFICATION DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE SUR LA NON RACIALISATION DE LA France
Il nous semble urgent que le Président de la République donne à la Nation sa vision de la lutte contre le racisme et les solutions qu’il souhaite prendre pour y remédier. En particulier, nous souhaitons qu’il exprime sa vision sur le caractère non racial de la Nation ainsi que sur la question des différentes identités culturelles qui composent aujourd’hui notre pays.
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